Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard, penseur d’Internet et initiateur de la licence Creative commons pense que la segmentation du monde en de multiples communautés cloisonnées sur internet, renforcent la crise de la démocratie. La segmentation est le processus qui consiste à cantonner un internaute dans sa communauté, polarisant ainsi ce dernier dans une bulle d’information.

Cet article fait suite à celui de France culture du 22 décembre 2016 de Catherine Petillon  et relatif à la segmentation du monde par internet et ses dérives sur la démocratie.

Comprendre la segmentation

Internet et précisément les outils du web social a étendu la notion de communauté qui n’est plus seulement relatif à un groupe social avec un ancrage local, géographique ou les gens se côtoient quotidiennement, vivent ensemble, mais plutôt une communauté où la sphère géographique est étendue, il s’agit de la «communauté virtuelle». C’est en définissant la notion de communauté que  Benedict Anderson arrive à dégager la notion de nation comme une « communauté politique imaginée ».

La collaboration que favorise les outils de web social (médias sociaux/réseaux sociaux) a permis la création des espaces de collaboration et de partages au-delà des aspects géographiques, ces communautés ou réseaux sont devenus des espaces où des individus  consomment certains types d’information et par conséquent sont influencés.

Ce cloisonnement handicape la collaboration hors de la communauté mettant ainsi à mal la collaboration sur les questions d’ordre général ou commun. Contrairement aux médias traditionnels comme la télévision/radio où l’information a une portée commune, l’information sur les médias sociaux est fragmentée suivant les communautés, rendant ainsi difficile le partage et les échanges sur les affaires de la nation, c’est un avis que je partage seulement en partie avec Lawrence car comme je l’ai indiqué dans un précédent blog, les médias traditionnels sont en perte de vitesse parce qu’ils constituent un instrument à la solde des dirigeants politiques.

 

La polarisation et ses dérives

Lawrence affirme que le cloisonnement à l’intérieur de la communauté permet d’éviter les débats d’idées qui sont l’essence même de la démocratie.

Laisser les gens vivre dans un monde où les seules idées et paroles qu’ils reçoivent sont celles qu’ils veulent, c’est détruire la base de l’engagement démocratique. C’est vraiment une évolution dévastatrice.

Les récents événements concernant l’élection présidentielle américaine de novembre dernier montrent bien que la polarisation a été pour beaucoup dans l’élection de Donald Trump en ce sens qu’il y a eu des fausses rumeurs qui ont alimenté des communautés pour finalement influencés le choix des électeurs. Cet état de fait a conduit Facebook à s’ériger en censeur de l’information. La polarisation est effectivement le cancer de la démocratie. Alors comme on n’en guérit ?

Comme l’indique Lawrence, l’enjeu est de construire et de pratiquer une démocratie véritablement représentative. L’on remarque que les géants de l’industrie numérique sociale sont les seuls à pouvoir décider et prendre en charge la régulation des communautés, notamment en censurant l’information véhiculée, or il s’agit là d’une entreprise privée qui intervient dans une sphère publique ce qui pose le problème de souveraineté des nations. Les États doivent se doter des cadres juridiques adaptés aux questions actuelles.

Les États doivent également s’ouvrir à la participation des citoyens aux questions de société comme le montre l’exemple de «crowdsourcée» Islandais concernant la rédaction et l’adoption d’une nouvelle constitution.

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